Marie Rouanet est une languedocienne qui écrit bien. Cette terrienne tient parfois des propos qui me font sauter au plafond, mais elle sait raconter des histoires. Même si on nous en raconte beaucoup ces temps derniers, il est très agréable de tomber sur des écrivains qui restent dans le vrai et savent vraiment manier la langue. Pour ce qui est de celle-ci, alimentons là comme il se doit et toujours en minceur d’une recette issue du livre : « Petit traité romanesque de cuisine ». Je vous livre la recette en entier, mais ce sera la seule. Courez acheter ce livre pour vous délecter de ces mots et de cette cuisine, vous ne le regretterez pas.
Citons donc :
Bourride de minceur
Bonne baudroie à sale tête, à sale peau, à la belle chair d’un blanc de neige. Poisson sans arêtes qui sous la fourchette se délite en feuillets lisses comme du papier où écrire des poèmes, délicieuse baudroie, où te mettre sinon sur un lit de blettes fondues ? À feu minuscule, la blette -vert et côtes coupés menus- devient ce matelas moelleux où te poser. Là tu cuiras, dans la vapeur verte -la face posée en sera quelque peu verdie-- tu rendras du jus de poisson qui se mêlera à la saveur des blettes. Du sel d’Aigues-Mortes, du poivre, nécessaire car la blette est un peu sucrée, une pincée de thym si vous le désirez. Il est tonique, carminatif, diurétique, et c’est toujours utile même si la bourride de minceur est particulièrement clémente aux estomacs.
Quand le poisson est cuit, réservez-le sur un plat chaud et liez le fondu de légumes avec un jaune d’œufs, une demi-cuillerée de crème, entière s’entend. Sur le feu toujours menu, tournez en faisant bien attention que la sauce ne brousse pas. Nappez le poisson de ce mélange.
C’est à se lécher les cinq doigts et le pouce.

Ajoutez un commentaire
Merci de consulter notre charte de modération avant de poster votre commentaire.